Musique et handicap : apprendre autrement ?

La musique est un langage universel. Elle touche les esprits, transcende les frontières. Elle serait cathartique, aurait même le pouvoir de guérir les âmes… La musique serait cette forme d’expression extraordinaire capable de dépasser les limites physiques et émotionnelles.
Certes.
Mais que se passe-t-il lorsqu’un enfant ne peut tout simplement pas entrer dans le cadre habituel d’un cours de musique ?

Quand l'apprentissage traditionnel de la musique ne fonctionne pas

Mon statut d’indépendante me donne la chance de pouvoir m’organiser comme je le souhaite et me permet beaucoup de souplesse dans mes propositions. J’ai donc pu recevoir à plusieurs reprises des enfants atypiques. À chaque fois, les familles sont arrivées chez moi un peu désespérées : “je voudrais bien que ma fille – mon fils fasse de la musique mais il a déjà essayé, ça ne s’est pas très bien passé, il n’y arrive pas …”. J’ai aussi pu discuter avec des familles qui avaient abandonné l’idée de faire faire de la musique à leurs enfants. Moi-même, maman d’un enfant autiste, j’ai inscrit mon fils en école de musique et nous avons abandonné au bout de deux ans.

On est loin du langage universel et de la guérison des âmes…

Mon propos n’est pas de critiquer les écoles de musique. Toute structure organisée a nécessairement un cadre, et beaucoup ont fait ces dernières années d’importants efforts en faveur de l’inclusion : référents handicap, formations, sensibilisation aux besoins particuliers…

Et pourtant, plusieurs situations très récentes comme celles que je viens de décrire me viennent à l’esprit. Et la conclusion des familles est souvent la même : “Mon enfant n’est pas très doué pour la musique, ce n’est pas pour lui”.

Et si le problème n’était pas l’enfant ?

Le problème n'est pas forcément la musique mais le cadre

Ne pas réussir à entrer dans l’apprentissage musical traditionnel ne signifie pas être incapable de faire de la musique.

Je pense que le problème commence, pour certains enfants, dès l’énoncé du titre : “école” de musique. Ne se focalise-t-on pas trop sur le côté enseignement ? Parfois, aborder la musique directement sous l’angle de l’apprentissage est tout bonnement impossible. Et cela dépasse le cadre de la controverse “solfège ou pas solfège ?” que j’ai déjà abordée.

Les enfants qui ont déjà du mal à rentrer dans les apprentissages scolaires et qui font, quels que soient leurs résultats, d’énormes efforts pour se conformer à ce que la société attend d’eux, se voient finalement proposer … une heure de plus d’efforts et de concentration. N’auraient-ils pas plutôt besoin d’une heure d’espace de liberté pendant laquelle ils savent que l’on n’attend rien d’eux, où rien de ce qu’ils pourront faire n’est soumis à un jugement de valeur ?

Pour certains enfants en situation de handicap ou ayant des besoins particuliers, la première adaptation n’est peut-être pas de simplifier ou d’aménager l’apprentissage musical. C’est parfois de cesser, au moins provisoirement, d’en faire un apprentissage.

Et si l'éveil musical ne s'arrêtait pas à 6 ans ?

L’éveil musical est le plus souvent proposé aux 3-6 ans puis on considère que l’enfant doit rentrer dans un processus structuré d’apprentissage de la musique. Je suis persuadée que pour certains, c’est contre-productif, voire impossible.
Faut-il alors leur fermer les portes de la musique ?
Que pourrait-on leur proposer ?

  • écouter sans obligation de jouer
  • jouer debout si rester assis est difficile
  • passer par le solfège… ou pas
  • partir d’une mélodie connue si elle rassure
  • improviser et inventer
  • changer d’instrument ou d’activité
  • adapter la durée de la séance
  • accepter qu’une séance puisse être avant tout une découverte
  • laisser l’enfant choisir entre plusieurs propositions
  • avoir le droit de ne pas faire.

Concrètement, ce genre de pratique a déjà un nom, ça s’appelle de l’éveil musical !
Alors, oui, “éveil musical” c’est connoté “tout-petits”. Trouvons un autre nom pour les plus grands. Je ne suis pas très douée pour inventer des nouveaux concepts. Je préfère tout simplement ouvrir l’éveil musical aux plus grands.

Il ne s’agit évidemment pas de proposer à un enfant de 10 ans une séance pensée pour un enfant de 4 ans. C’est le principe de l’éveil que je souhaite conserver : découvrir, expérimenter, écouter, jouer, choisir, sans imposer d’emblée un objectif de progression. Cela m’est d’ailleurs déjà arrivé de construire des séances d’éveil pour des enfants de primaire qui, à ma connaissance, n’avaient aucun handicap.
Évidemment, on ne chante pas Une souris verte ou Ainsi font font font, j’adapte la séance à l’âge de l’enfant !

Le plaisir avant le résultat

Bien sûr, cela n’empêche pas de proposer des situations d’apprentissage mais je pense que ce qui est important c’est de ne pas se focaliser sur le résultat mais sur le plaisir de la découverte.

Parfois, cela permet à l’enfant de finalement entrer dans les apprentissages et de suivre un enseignement plus “standard”. Parfois, non.

Mais au moins, il aura découvert un univers.

Et parfois, les compétences acquises ne seront pas musicales ! Ce sera une capacité d’écoute ou de concentration, une meilleure motricité, une meilleure coordination, plus de calme ou au contraire une meilleure affirmation de soi… ce n’était peut-être pas forcément l’objectif de départ mais ce n’est pas grave.

Attention, je ne suis ni musicothérapeute, ni psychologue, je ne suis pas là pour travailler spécifiquement ces compétences. Simplement, il arrive qu’en faisant un pas de côté, ce qui se passe ne soit pas toujours ce que l’on attendait.

Faire une activité dans laquelle on trouve du plaisir et de la joie, ce n’est jamais perdu !

Et si votre enfant rencontrait la musique autrement ?

Mes séances d’éveil musical offrent un espace pour écouter, expérimenter, jouer et découvrir à son rythme quel que soit l’âge.

Et le piano dans tout ça ?

Le piano se prête particulièrement bien à cette approche. Il suffit d’appuyer sur une touche pour produire un son : on peut donc commencer à explorer l’instrument avant même de savoir « jouer du piano ».

Chercher les sons les plus graves ou les plus aigus, reproduire un rythme, retrouver quelques notes d’une mélodie connue, improviser, jouer avec un doigt ou avec toute la main, écouter ce qui se passe lorsque l’on appuie sur plusieurs touches ou sur les pédales… Tout cela, c’est déjà faire de la musique.

Là encore, l’objectif n’est pas forcément de commencer immédiatement par la bonne position de la main, la lecture de notes ou un morceau à travailler pour la semaine suivante. On peut d’abord laisser l’enfant rencontrer l’instrument.

Et si cette rencontre lui donne envie d’aller plus loin, alors l’apprentissage peut trouver progressivement sa place : apprendre le nom des notes, découvrir quelques éléments de solfège, travailler un geste… Non plus parce que « c’est ce qu’il faut apprendre », mais parce que ces outils deviennent utiles pour faire quelque chose dont l’enfant a envie.

Il faut bien réaliser que s’adapter à l’enfant  ne signifie pas pour autant renoncer à apprendre le piano. Mon travail consiste justement à lui donner envie d’aller plus loin : utiliser tous les doigts pour jouer plus vite, utiliser la main gauche pour jouer deux notes en même temps, se rappeler ce qu’on a inventé la fois précédente et donc utiliser la notation musicale … C’est alors que l’apprentissage prend tout son sens : il vient soutenir une envie qui existe déjà.

Et si le piano devenait son terrain d’exploration ?

Mes cours de piano s’adaptent au rythme, aux envies et aux possibilités de chacun. On peut apprendre à jouer, progresser et acquérir de nouvelles compétences musicales sans perdre de vue l’essentiel : le plaisir de faire de la musique.

Adapter la pratique musicale à l'enfant, et non l'inverse

Mon statut d’indépendante me donne aussi cette liberté : adapter le cadre, le contenu et le rythme des séances à la personne que j’ai en face de moi. Et je trouve essentiel de pouvoir proposer cet espace d’exploration à des enfants qui ont parfois fini par penser que la musique “n’était pas pour eux”.

Pour certains, cet espace restera de l’éveil musical. Pour d’autres, il deviendra peu à peu un cours de piano. Et il n’est pas nécessaire de décider à l’avance où le chemin doit mener…

Mon objectif n’est pas nécessairement d’amener tous les enfants vers le même parcours musical. Il est d’abord de rendre possible une rencontre avec la musique.
Et parfois, cela suffit déjà à ouvrir une porte.

Pour en savoir plus sur ma conception de l'enseignement de la musique

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